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“Non à l’ARENA 92″
Il y a quelques jours à peine, au conseil d’administration de l’EPASA - sans doute le dernier - je fus le seul administrateur à voter contre le rachat du stade des Bouvets et une petite partie du cimetière de Neuilly, en vue de la construction du stade Arena.
Peu de temps après, au Conseil Général des HDS, Vincent Gazeilles fut le seul conseiller à voter clairement contre la déclaration d’intérêt général que vous nous proposez ce soir.A Suresnes, encore une fois : la conseillère municipale verte fut la seule à s’opposer. Je sais qu’il en sera de même dans les jours qui suivent, dans tous les lieux où nous seront sollicités, les écologistes montreront unanimement leur opposition au projet de l’aréna.
Il ne s’agit pas d’une posture politique locale. Ce projet est à l’opposé de nos propositions pour
Pour nous, qui avons un engagement, des valeurs, il ne suffira pas d’un sondage pour orienter notre décision. Par principe même, les sondages ne sont pas des arguments politiques. Il participe au sentiment des citoyens que leurs actions ou leurs convictions sont inutiles au débat public. Ce n’est pas notre vision de la démocratie. Sur le fond du dossier, plusieurs questions se posent à nous. Sur le modèle de développement tout d’abord, sur l’opportunité du stade en lui-même ainsi que sur le montage juridique. Depuis maintenant 25 ans, les écologistes de
Il est dit par exemple que 80% des visiteurs viendraient en transport. Très bien, quand on sait, toujours d’après les promoteurs du projet, que les évènements auront lieu en soirée, et que dans n’importe quel concert les gens arrivent deux heures à l’avance, soit à peu près à l’heure de pointe du RER A. Mais nous pourrons toujours attendre le RER E, pas avant 2024. En attendant, les spectateurs croiseront les secrétaires dans les wagons bondés de la ligne A. Je pourrais continuer longtemps sur les problèmes d’accessibilité : la mise en double sens de
Intervention de Julien Sage au conseil municipal du 29 juin dernier.
Les groupes Europe Ecologie / Les Verts se sont opposés à la construction du complexe ARENA 92 dans toutes les instances consultées : Conseil Général, des Hauts de Seine, EPASA, et les villes de Nanterre, de Courbevoie, de Rueil-Malmaison, de Suresnes…
More…Il y a quelques jours à peine, au conseil d’administration de l’EPASA - sans doute le dernier - je fus le seul administrateur à voter contre le rachat du stade des Bouvets et une petite partie du cimetière de Neuilly, en vue de la construction du stade Arena.
Peu de temps après, au Conseil Général des HDS, Vincent Gazeilles vota clairement contre la déclaration d’intérêt général que vous nous proposez ce soir.
A Suresnes, encore une fois : la conseillère municipale verte fut la seule à s’opposer. Je sais qu’il en sera de même dans les jours qui suivent, dans tous les lieux où nous seront sollicités, les écologistes montreront unanimement leur opposition au projet de l’aréna.
Il ne s’agit pas d’une posture politique locale. Ce projet est à l’opposé de nos propositions pour la Défense, est à l’opposé du modèle de développement que nous souhaitons.
Pour nous, qui avons un engagement, des valeurs, il ne suffira pas d’un sondage pour orienter notre décision. Par principe même, les sondages ne sont pas des arguments politiques. Il participe au sentiment des citoyens que leurs actions ou leurs convictions sont inutiles au débat public. Ce n’est pas notre vision de la démocratie.
Sur le fond du dossier, plusieurs questions se posent à nous. Sur le modèle de développement tout d’abord, sur l’opportunité du stade en lui-même ainsi que sur le montage juridique.
Depuis maintenant 25 ans, les écologistes de la Défense contestent le mode de développement et d’urbanisation du quartier d’affaires. Nous n’avons pas oublié les 25.000 occupants des pavillons qu’il a fallu exproprier et reloger pour bâtir la cité financière.
Ce modèle de développement, qui nie les conséquences locales d’une course à la croissance, c’est celui de l’intérêt supérieur de l’Etat patron. Dans une logique de compétition internationale, le quartier d’affaires de la Défense doit être le fer de lance de la croissance de l’immobilier tertiaire au niveau mondial. Mais depuis quelques années, on le sait, construire des millions de mètre carré – plus de 3,5 millions en 40 ans – ne suffit plus. Des équipements de transports, sans cesse plus coûteux, sans cesse plus remplis, ne suffisent plus. Il faut du prestige et des tours phares pour attirer les investisseurs.
L’Arena s’inscrit dans ce modèle. Il propose de construire un stade 40.000 places, pour du sport de haut niveau, en lieu et place d’un stade municipal dédié au sport de masse. Encore une fois, le dindon de la farce est l’habitant, sacrifié sur le principe même du prestige et de la compétition économique et sportive.
Pour autant, nous ne disons pas qu’il ne faut rien faire, au contraire. Nous avons des propositions : convertir des immeubles de bureaux en logements, créer des équipements publics et culturels sur la dalle, et pourquoi pas, concernant le stade des Bouvets, imaginer un espace de sport pour tous pour les habitants et les salariés de la Défense ou des environs.
Nous condamnons d’autant plus ce modèle qu’il s’inscrit, comme pour l’immobilier tertiaire, dans une concentration sur l’ouest parisien : stade Charlety, stade Jean Bouin dont la destination est elle aussi menacée, parc des Princes, Longchamp, Rolland Garros, et donc bientôt peut être l’Arena, tout ces équipements s’inscrivent à l’ouest de Paris, depuis la porte d’Italie.
Nous défendons tous une logique de développement harmonieux de l’Ile-de-France. Nous luttons tous contre la concentration des richesses, des équipements et des moyens sur moins de 180km² du territoire national. Des départements entiers rêvent de développer un quartier, une ville, autour de grands projets structurants. C’est l’occasion d’investissements publics, de nouveaux services offerts aux habitants, de redynamisation d’une ville entière, comme cela a été le cas pour St-Denis et le Stade France.
La Défense souffre de sa dimension ; hors sol, elle a perdu pied avec la réalité urbaine qui l’entourait. Il ne s’agit plus de faire toujours plus haut, toujours plus grand, mais de tisser des liens avec l’existant, de créer une métropole de dimension internationale qui reste à taille humaine.
Regardons bien la proposition formulée par Ovalto et Stadome : un stade commercial modulable, presque un zénith, pour une densité d’évènement inégalée – 225 annoncés par an, ce qui laisse d’ailleurs supposer le travail de nuit pour les régisseurs et les techniciens. L’argument principal développé est : cela animera les terrasses, qui soyons honnêtes, en ont bien besoin, et la Défense, au moment ou les bureaux seront fermés. Ce projet est cohérent dans le sens où il poursuit la logique de l’ouverture dominicale du centre commercial, que presque toute la majorité municipale de Nanterre a condamné.
Il est dit par exemple que 80% des visiteurs viendraient en transport. Très bien, quand on sait, toujours d’après les promoteurs du projet, que les évènements auront lieu en soirée, et que dans n’importe quel concert les gens arrivent deux heures à l’avance, soit à peu près à l’heure de pointe du RER A. Mais nous pourrons toujours attendre le RER E, pas avant 2024. En attendant, les spectateurs croiseront les secrétaires dans les wagons bondés de la ligne A. Je pourrais continuer longtemps sur les problèmes d’accessibilité : la mise en double sens de la RD 920, l’accès piéton depuis la défense qui se fera via la jetée, qu’il faudrait achever. Quand aux jardins de l’Arche en eux même, bah…. Autre possibilité d’accès, via le pont Léonard de Vinci. Ce dernier fait d’ailleurs la joie des habitants du Faubourg de l’Arche, puisque les camions et certains autocars restent coincés dessous. En tout cas, comme pour la jetée, elle n’est pas dimensionnée ni sécurisée pour accueillir un tel flux de piéton.
Enfin, on a des chiffres très variables d’une délibération d’une ville à une autre, avec des incohérences notables : 500 ou peut être 600 places de parking, dont environ peut-être la moitié pour le bureau, et l’autre moitié pour le stade. 2 places pour les cars (rien pour les spectateurs, qui devront venir à pied de la gare routière de la Défense qui est déjà bien chargée), et on hésite sur les bureaux, avec une fourchette de 30.000 à 77.000m² selon les lectures. Quand aux emplois promis, on est sûr des 50 postes permanents pour l’Arena, le reste est hypothétique (emplois induis) ou jetable, de l’intermittence au précaire.
Près de 300 logements devaient être construits en lisière sud du stade des Bouvets. Il nous est précisé qu’ils seront construits « hors ZAC ». Je ne partage pas cette logique, qui propose de prendre ailleurs ce qu’il nous manque ici : nous savons tous que la ZAC Seine-Arche est déficitaire en logements par rapport au protocole d’accord ville-Etat signé en 2000 par Jacqueline Fraysse. Accepter de prendre à notre charge, sur la partie de Nanterre dont nous maîtrisons l’urbanisation, les défaillances de l’établissement public, c’est créer un dangereux précédent. Ce qui est à déclarer d’intérêt général, c’est la construction de logements, pas les stades commerciaux.
Situé à moins de 30 mètres des habitations, rien ne nous est encore dit sur les nuisances sonores, ce qu’elles seront à 30 mètres du mur d’enceinte du stade. Et quand bien même elles seraient faibles, ce qui est peu probable compte tenu des règles élémentaires de physique, elles pourraient n’être rien comparées aux nuisances engendrés par les flux de visiteurs sur la voie publique. Ainsi, on peut lire dans le projet de délibération de la ville de Courbevoie par exemple, que « selon la réglementation et le décret 2006-1099 du 31 aout 2006 relatif à la lutte contre les bruits de voisinage et modification du code de la santé publique, l’équipement bénéficiera d’une isolation acoustique suffisante afin de respecter la réglementation en vigueur » Les riverains devront s’en contenter.
Toujours sur la question environnementale, on nous promet un bâtiment basse consommation, « hors période d’évènement ». Il est vrai qu’avec 225 évènements par an, ça nous fait une période de 140 jours environ où on est sûrs que l’Arena ne rejettera pas trop de gaz à effet de serre. Ah non ! moins, puisqu’il faut compter les répétitions des concerts, par exemple, qui peuvent être comptabilisés dans la partie « période d’évènement ». Autant dire que l’argument environnemental est marginal sur ce projet ; vous comprendrez aussi qu’un écologiste est suffisamment intelligent pour comprendre qu’un concert ou un match de rugby consomme de l’énergie, et qu’empiler 40.000 personnes dans un endroit génère forcément toutes sortes de consommations.
Par contre, rien n’est dit ou presque sur la propreté et la sécurité de l’espace public. C’est dommage, c’est presque ce qui nous intéresse le plus. Mais c’est normal : les supporters du racing club sortiront de l’aréna tranquillement, discrètement, iront rejoindre à pas de loup les bars et autres restaurants à proximité pour faire la troisième mi-temps en veillant à ne pas gêner les riverains, et ramassant mégôts et autres canettes de bières consommées “modérément” à la buvette du stade. Tout ce gentil petit monde, une fois la troisième mi-temps achevée mais pas trop tard dans la soirée, ira rejoindre sans un bruit les cars qui bien évidemment ne viendront pas les chercher directement à la sortie du stade, au contraire de ce qui se fait dans tous les autres stades de France et d’Europe.
Cette description vaut également pour un concert de Lady Gaga ou de U2, et plus généralement de tous les spectateurs des concerts de plusieurs milliers de personnes, qui ne patienteront jamais des heures sur l’espace public, et qui ne génèrent pas de déchets. Aucune raison de parler de ces questions là, qui sont pourtant au cœur des interrogations des riverains et des élus.
Mais revenons au projet de délibération sur la déclaration d’intérêt général.
Au sens strict du droit public, il s’agit de la finalité de l’ensemble des actions qui intéressent l’ensemble de la population. C’est l’un des fondamentaux du service public, servir l’intérêt général. La déclaration d’intérêt général, dans le cadre de l’Arena, servira à faciliter un certain nombre de procédures, comme le bail emphytéotique.
Il existe bon nombre de loi qui encadrent le sport, et l’intérêt général du sport.
La loi Borotra, par exemple, est connue par son principe : « un stade contre un stade ». Elle oblige à construire un nouveau stade dès qu’on en détruit un. Dès lors, lorsqu’il s’agit de construire un stade privé de sport de haut niveau, dédié à 90% aux loisirs et à la culture et seulement à 10% au sport de haut niveau, en lieu et place d’un stade municipal dédié à 100% au sport amateur, on peut dire sans trop faire d’erreur, qu’il s’agit d’un détournement de la loi Borotra, et d’une vision très partiale de l’intérêt général.
Détournement de la loi Borotra car de fait, ce nouveau projet détournera l’usage classique que l’on s’imagine d’un stade, pour le transformer en salle de concert à but commercial.
Vision très partiale de l’intérêt général, car il induit le fait que du sport de haut niveau est d’intérêt plus général que le sport amateur.
Enfin, ni la loi Borotra ni l’intérêt général du sport ne peuvent se satisfaire de la création de 30.000m² minimum de bureaux qui n’ont rien à voir ou presque avec le sport de haut niveau, et encore moins le sport amateur.
Bien évidement, à la lumière de ces explications, le groupe EE/LV votera contre.
Nous n’acceptons ni le principe de déclaration d’intérêt général pour un projet de promoteur privé, ni les conditions qui sont posées par cette délibération. Il est inconcevable pour nous, qu’en France, les équipements sportifs soient entièrement délégués à des opérateurs privés et qu’en plus ils puissent être labellisés d’intérêt général. Il est inconcevable de voir les lois de la république, censées protéger le sport, être détournées pour satisfaire l’équilibre financier de ce projet.
Quand aux avis formulés, ils ne nous conviennent pas. Par exemple, en quoi l’Aréna, inscrit dans le projet de ville, viendrait modifier les équilibres des projets urbains de Cœur de Quartier ? Il ne manquerait plus que cela, qu’un stade privé vienne bouleverser les grandes orientations d’urbanismes prises par la ville depuis une quinzaine d’années !
En 1992, une partie de la ville s’était battue pour empêcher l’arrivée du Grand Stade, devenu le stade France, sur Nanterre. Le constat fait à l’époque privilégiait le logement aux grands équipements ou aux bureaux. Presque 20 ans après, ce constat est toujours d’actualité, à l’heure où une première victoire contre la Défense à été remportée, il ne faut pas baisser la garde et espérer une ville toujours plus solidaire et écologique, et où l’homme est au centre des enjeux.
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