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Intervention de Julien Sage lors du conseil municipal extraordinaire du 23 mai 2009

Monsieur le Maire, Chers collègues, mesdames, messieurs, 

La Défense n’est pas une fatalité. 

Je ne rappellerais pas les symboles de sauvagerie économique et de délaissement des plus pauvres que représentent les tours des principales entreprises du CAC 40 qui ont leur siège à

La Défense.
 

Je ne referais pas non plus l’histoire de l’EPAD lorsqu’il s’agissait d’exproprier des petits propriétaires, puis de les expédier à Nanterre, ni de son évolution antidémocratique. 

Je ne reprendrais pas des anecdotes sombres sur les sous sols de

la Défense ou sur sa station de métro désaffectée, ni même celles concernant les nombreux projets dispendieux qui ont fini par échouer lamentablement telle

la Tour sans fin ou prochainement, la tour Signal du même Jean NOUVEL.
 

Je ne parlerais d’ailleurs que très peu de la ségrégation spatiale que ce quartier engendre. 

Mais nous voilà aujourd’hui face à un véritable paradoxe, qui tient lieu de vérité dogmatique depuis le début des années 90 et qui s’est renforcé dans les années 2000 :

la Défense est trop petite, elle a besoin de s’agrandir, en repoussant ses frontières sur Nanterre. La belle affaire !
 

Des projets, des débats, des missions prospectives s’appuient sur cette vérité soi-disant indiscutable. En réalité, depuis les années 90,

la Défense n’a construit que très peu de nouvelles tours de bureaux. En vérité, depuis les années 90, Nanterre, qui a achevé sa conversion industrielle, a construit bien assez de bureau jusqu’à ce qu’aujourd’hui il y ait plus de salariés que d’habitants, ce qui est une aberration urbaine.
 

Mais depuis 1990, c’est le même slogan qui est repris :

La Défense est trop petite. De plan de renouveau en plan de relance, on promet tours sur tours, équipements majeurs ou œuvres architecturales. Mais depuis 1990, le seul fait marquant c’est le projet Seine-Arche, c’est à dire un projet absolument contraire au postulat d’une Défense verticale.
 Quand depuis 20 ans – la fin de d’aménagement de la dalle de

la Défense – on nous sort des vérités indiscutables, il est temps parfois de se re-pencher sur ces dogmes.
 

Non, on peut l’affirmer aujourd’hui, il n’y a pas de demande forte pour de nouvelles tours de bureaux à

la Défense. Nanterre subit elle même le ralentissement du marché de bureau, malgré des coûts compétitifs et une situation stratégique intéressante ; la crise que nous traversons vient de reporter des fameux investissements d’au moins 5 ans. Au regard du modèle de développement spatiale d’entreprise, comme le campus GOOGLE, le concept de tour n’est-il pas obsolète ?
 

Une deuxième idée à combattre, qui a été contredite depuis par le développement de Moscou, c’est : « Paris est précisément l’une des villes les plus chères d’Europe, alors il faut construire des tours », notamment à

la Défense, alors que c’est à cet endroit que le foncier est le plus cher. De nos jours, les entreprises recherchent plus des endroits où le mètre carré est le moins cher comme à Saint-Denis dans le 93 ou bien encore en province.
 

Alors, un nouvel argument est sorti : les tours de

la Défense seraient obsolètes.
 

Il faudrait alors un plan de « renouveau » afin de les mettre au standing international. Au passage, les tours seraient rhabillées de vert pour faire plus écolo, et leur consommation d’énergie soit disant réduite dépasserait tout de même de 3 fois la consommation énergétique fixée par le protocole international de Kyoto. On peut s’interroger sur la durabilité de tours qui semblent bonnes à jeter au bout de 30 ans ; mais nous pourrions tout autant nous interroger sur la réalité de cette obsolescence quand certaines tours aux Etats Unis datant de 1930, comme le Chrysler Building, ne souffrent pas d’obsolescence, et qui se refont même une isolation thermique, dont les investissements sont amortis en 3 ans. 

 

 

Dernière argument à combattre: la desserte saturée en transports de

La Défense.
 

Car si

La Défense est desservie par une autoroute, un métro et un tramway, ainsi que quelques bus, maillage de transports publics impressionnant par rapport à des villes comme Londres ou Madrid, tous sont saturés aux heures de pointes (c’est à dire environ 3 heures par jour).
 

La réponse que l’on nous propose ? C’est le RER E et le super-métrophérique-rocade-arc-express d’un coût exorbitant de 2,5 milliards pour l’un et de 35 milliards d’euros pour l’autre. Tout ça pour 3 heures par jour ; si vous prenez le RER A après dix heure et avant seize heure, vous verrez qu’il n’est absolument pas saturé. C’est tout de même dommage dépenser autant d’argent pour 3 ou 4 heures par jour… Enfin, pour résumer, nous pourrions simplement poser la question : combien d’entreprises en France – ou même à l’étranger – ont absolument la nécessité de se concentrer sur 35 hectares dans des immeubles de bureaux qui deviennent obsolètes en 30 ans, dont la desserte en transports pose problème, le tout reposant sur une dalle hors sol où il est impossible planter un arbre sans déplacer un réseau de télécommunication ?  Non

La Défense et son phagocytage de Nanterre n’est pas une fatalité.
 

Il n’y a aucune raison d’entériner un quelconque plan d’extension de

la Défense sur notre ville : il n’y a pas de demande,  il n’y a pas de besoin, et je rajoute, il n’y a plus d’envie.
 

Vous le savez, il n’est pas difficile de rêver devant de belles images d’architectes. Mais toutes celles que l’on peut voir à l’exposition du Grand Paris ne nous évoquent jamais

la Défense : elles parlent de ville « intense », multipolaire, où se mélangent les activités et les habitats de toutes formes. Elles nous parlent d’habiter les toits du vieux Paris ; de commerces de proximité ; elles nous montrent comment réconcilier la ville et la campagne qui l’environne.
 

Cette fatalité d’une Défense en perpétuelle extension qu’on tend à nous imposer ne résiste à aucun choix démocratique ni à aucune explication rationnelle.  Dès lors, s’il n’y a pas de fatalité, il devient possible de réinventer ce quartier d’affaires ; il devient possible de préserver certaines tours que l’on croit obsolètes pour en faire des logements ; il devient possible d’abattre les périphériques, les voies de chemin de fer qui tronçonnent les territoires environnant

la Défense depuis près d’un demi siècle.
 

Il devient également possible de parler de solidarité territoriale ; à l’heure où des banlieues désespèrent d’un plan qui les sortirait de la galère ces investissements colossaux pourraient redonner du sens à des banlieues qu’on appelle « dortoirs ».  

Un exemple: saviez vous qu’avec les 2,5 milliards du RER E, pour un tunnel de 8 kilomètres, nous pourrions créer près de 100 kilomètres de tramway en Ile-de-France ? Des quartiers entiers pourraient être ainsi désenclavés, des petites zones d’activités pourraient être desservies et connaître un nouvel essor. 

Des avenues autoroutières, même comme celle de Neuilly sur seine par exemple, pourraient se transformer, redevenir des espaces où le piéton pourrait à nouveau circuler, et émettre ainsi moins de gaz à effet de serre. Quand à cette demande d’immobilier tertiaire qui demande tant à être assouvie, il est possible de faire un régime d’exception comme cela a été fait pour

la Défense dans un autre endroit de l’Ile-de-France ou de France. En effet, ce quartier est l’un des seuls en France à bénéficier d’un droit de l’urbanisme différent.
 

Nous n’avons pas les mêmes moyens : mais nous pouvons obtenir de bien meilleurs résultats en ré interrogeant l’existant. 

La Défense peut s’enorgueillir d’être le premier centre d’affaires d’Europe. Rassurez vous, messieurs les aménageurs, vu l’état du marché mondial, cela durera encore longtemps. 

 

Mais

La Défense peut aussi devenir une expérience urbaine hors du commun en concevant autrement son aménagement.
 

La Défense, c’était la ville rêver du 20ème siècle. Mais, la ville du 21ème siècle se construira ailleurs en Ile-de-France, en France ou en Europe. 

Pour des raisons de coûts, pour des raisons objectives de capacités humaines et techniques, et peut être même pour des raisons historiques, comme la préservation du patrimoine, nous ne pouvons pas dire aujourd’hui que

la Défense restera compétitive, qu’elle attirera sans cesse toujours plus d’entreprises.
 

De la même manière, si Nanterre devait demain inféoder toute son activité autour de l’immobilier d’entreprise et des emplois tertiaires, elle se fragiliserait durablement et serait à la merci de n’importe quel choc économique comme celui que nous vivons. 

Ce ne serait pas raisonnable ni même souhaitable. 

Aujourd’hui, nous avons le choix. La défense n’est pas une fatalité: nous avons l’antidote. 

L’antidote, c’est la solidarité, c’est l’environnement et un partage territorial équitable des richesses.

Monsieur le Maire, Chers collègues, mesdames, messieurs,

 

La défense n’est pas une fatalité.

 

Je ne rappellerais pas les symboles de sauvagerie économique et de délaissement des plus pauvres que représentent les tours des principales entreprises du CAC 40 qui ont leur siège à La Défense.

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Je ne referais pas non plus l’histoire de l’EPAD lorsqu’il s’agissait d’exproprier des petits propriétaires, puis de les expédier à Nanterre, ni de son évolution antidémocratique.

 

Je ne reprendrais pas des anecdotes sombres sur les sous sols de la Défense ou sur sa station de métro désaffectée, ni même celles concernant les nombreux projets dispendieux qui ont fini par échouer lamentablement telle la Tour sans fin ou prochainement, la tour Signal du même Jean NOUVEL.

 

Je ne parlerais d’ailleurs que très peu de la ségrégation spatiale que ce quartier engendre.

 

Mais nous voilà aujourd’hui face à un véritable paradoxe, qui tient lieu de vérité dogmatique depuis le début des années 90 et qui s’est renforcé dans les années 2000 : la Défense est trop petite, elle a besoin de s’agrandir, en repoussant ses frontières sur Nanterre. La belle affaire !

 

Des projets, des débats, des missions prospectives s’appuient sur cette vérité soi-disant indiscutable. En réalité, depuis les années 90, la Défense n’a construit que très peu de nouvelles tours de bureaux. En vérité, depuis les années 90, Nanterre, qui a achevé sa conversion industrielle, a construit bien assez de bureau jusqu’à ce qu’aujourd’hui il y ait plus de salariés que d’habitants, ce qui est une aberration urbaine.

 

Mais depuis 1990, c’est le même slogan qui est repris : La Défense est trop petite. De plan de renouveau en plan de relance, on promet tours sur tours, équipements majeurs ou œuvres architecturales. Mais depuis 1990, le seul fait marquant c’est le projet Seine-Arche, c’est à dire un projet absolument contraire au postulat d’une Défense verticale.

 

Quand depuis 20 ans – la fin de d’aménagement de la dalle de la Défense – on nous sort des vérités indiscutables, il est temps parfois de se re-pencher sur ces dogmes.

 

Non, on peut l’affirmer aujourd’hui, il n’y a pas de demande forte pour de nouvelles tours de bureaux à la Défense. Nanterre subit elle même le ralentissement du marché de bureau, malgré des coûts compétitifs et une situation stratégique intéressante ; la crise que nous traversons vient de reporter des fameux investissements d’au moins 5 ans. Au regard du modèle de développement spatiale d’entreprise, comme le campus GOOGLE, le concept de tour n’est-il pas obsolète ?

 

Une deuxième idée à combattre, qui a été contredite depuis par le développement de Moscou, c’est : « Paris est précisément l’une des villes les plus chères d’Europe, alors il faut construire des tours », notamment à la Défense, alors que c’est à cet endroit que le foncier est le plus cher. De nos jours, les entreprises recherchent plus des endroits où le mètre carré est le moins cher comme à Saint-Denis dans le 93 ou bien encore en province.

 

Alors, un nouvel argument est sorti : les tours de la Défense seraient obsolètes.

 

Il faudrait alors un plan de « renouveau » afin de les mettre au standing international. Au passage, les tours seraient rhabillées de vert pour faire plus écolo, et leur consommation d’énergie soit disant réduite dépasserait tout de même de 3 fois la consommation énergétique fixée par le protocole international de Kyoto. On peut s’interroger sur la durabilité de tours qui semblent bonnes à jeter au bout de 30 ans ; mais nous pourrions tout autant nous interroger sur la réalité de cette obsolescence quand certaines tours aux Etats Unis datant de 1930, comme le Chrysler Building, ne souffrent pas d’obsolescence, et qui se refont même une isolation thermique, dont les investissements sont amortis en 3 ans.

 

 

 

Dernière argument à combattre: la desserte saturée en transports de La Défense.

 

Car si La Défense est desservie par une autoroute, un métro et un tramway, ainsi que quelques bus, maillage de transports publics impressionnant par rapport à des villes comme Londres ou Madrid, tous sont saturés aux heures de pointes (c’est à dire environ 3 heures par jour).

 

La réponse que l’on nous propose ? C’est le RER E et le super-métrophérique-rocade-arc-express d’un coût exorbitant de 2,5 milliards pour l’un et de 35 milliards d’euros pour l’autre. Tout ça pour 3 heures par jour ; si vous prenez le RER A après dix heure et avant seize heure, vous verrez qu’il n’est absolument pas saturé. C’est tout de même dommage dépenser autant d’argent pour 3 ou 4 heures par jour…

 

Enfin, pour résumer, nous pourrions simplement poser la question : combien d’entreprises en France – ou même à l’étranger – ont absolument la nécessité de se concentrer sur 35 hectares dans des immeubles de bureaux qui deviennent obsolètes en 30 ans, dont la desserte en transports pose problème, le tout reposant sur une dalle hors sol où il est impossible planter un arbre sans déplacer un réseau de télécommunication ?

 

Non La Défense et son phagocytage de Nanterre n’est pas une fatalité.

 

Il n’y a aucune raison d’entériner un quelconque plan d’extension de la Défense sur notre ville : il n’y a pas de demande,  il n’y a pas de besoin, et je rajoute, il n’y a plus d’envie.

 

Vous le savez, il n’est pas difficile de rêver devant de belles images d’architectes. Mais toutes celles que l’on peut voir à l’exposition du Grand Paris ne nous évoquent jamais la Défense : elles parlent de ville « intense », multipolaire, où se mélangent les activités et les habitats de toutes formes. Elles nous parlent d’habiter les toits du vieux Paris ; de commerces de proximité ; elles nous montrent comment réconcilier la ville et la campagne qui l’environne.

 

Cette fatalité d’une Défense en perpétuelle extension qu’on tend à nous imposer ne résiste à aucun choix démocratique ni à aucune explication rationnelle.

 

Dès lors, s’il n’y a pas de fatalité, il devient possible de réinventer ce quartier d’affaires ; il devient possible de préserver certaines tours que l’on croit obsolètes pour en faire des logements ; il devient possible d’abattre les périphériques, les voies de chemin de fer qui tronçonnent les territoires environnant la Défense depuis près d’un demi siècle.

 

Il devient également possible de parler de solidarité territoriale ; à l’heure où des banlieues désespèrent d’un plan qui les sortirait de la galère ces investissements colossaux pourraient redonner du sens à des banlieues qu’on appelle « dortoirs ».

 

Un exemple: saviez vous qu’avec les 2,5 milliards du RER E, pour un tunnel de 8 kilomètres, nous pourrions créer près de 100 kilomètres de tramway en Ile-de-France ? Des quartiers entiers pourraient être ainsi désenclavés, des petites zones d’activités pourraient être desservies et connaître un nouvel essor.

 

Des avenues autoroutières, même comme celle de Neuilly sur seine par exemple, pourraient se transformer, redevenir des espaces où le piéton pourrait à nouveau circuler, et émettre ainsi moins de gaz à effet de serre. Quand à cette demande d’immobilier tertiaire qui demande tant à être assouvie, il est possible de faire un régime d’exception comme cela a été fait pour la Défense dans un autre endroit de l’Ile-de-France ou de France. En effet, ce quartier est l’un des seuls en France à bénéficier d’un droit de l’urbanisme différent.

 

Nous n’avons pas les mêmes moyens : mais nous pouvons obtenir de bien meilleurs résultats en ré interrogeant l’existant.

 

La Défense peut s’enorgueillir d’être le premier centre d’affaires d’Europe. Rassurez vous, messieurs les aménageurs, vu l’état du marché mondial, cela durera encore longtemps.

 

 

Mais La Défense peut aussi devenir une expérience urbaine hors du commun en concevant autrement son aménagement.

 

La Défense, c’était la ville rêver du 20ème siècle. Mais, la ville du 21ème siècle se construira ailleurs en Ile-de-France, en France ou en Europe.

 

Pour des raisons de coûts, pour des raisons objectives de capacités humaines et techniques, et peut être même pour des raisons historiques, comme la préservation du patrimoine, nous ne pouvons pas dire aujourd’hui que la Défense restera compétitive, qu’elle attirera sans cesse toujours plus d’entreprises.

 

De la même manière, si Nanterre devait demain inféoder toute son activité autour de l’immobilier d’entreprise et des emplois tertiaires, elle se fragiliserait durablement et serait à la merci de n’importe quel choc économique comme celui que nous vivons.

 

Ce ne serait pas raisonnable ni même souhaitable.

 

Aujourd’hui, nous avons le choix. La défense n’est pas une fatalité: nous avons l’antidote.

 

L’antidote, c’est la solidarité, c’est l’environnement et un partage territorial équitable des richesses.< -->

2 réponses pour “Intervention de Julien Sage lors du conseil municipal extraordinaire du 23 mai 2009”

  1. Alexandre Ampilhac indique :

    merci

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